Entretien avec le designer Matali Crasset

21sept08


matali Crasset
Justin Morin ©

Matali Crasset :

«Je n’ai pas de style»

Aujourd’hui célèbre, Matali Crasset a su s’imposer comme designer industriel dans un milieu majoritairement masculin. Refusant toute standardisation, elle développe des projets axés autour du partage, de la réflexion et de la flexibilité. Portrait.

http://www.madeindesign.com/

http://www.obdesigner.net/

Hi Hotel
Uwe Spoering ©
Vue du Happy Bar, bar du Hi Hotel à Nice

MAP : Vous êtres une grande voyageuse, cela vous aide pour trouver de nouvelles idées?
M. C. :
Oui pas mal. Ce sont les rituels domestiques et notre rapport aux choses qui m’intéressent. Cela me permet de prendre du recul par rapport à nos modes de vie et de proposer autre chose. Il y a des pays où je me sens mieux que d’autres, où c’est un peu neuf au niveau créatif.
Lorsque je fais des workshops au Brésil, les jeunes, travaillent sur de nouvelle logiques, le terrain est vierge au niveau de la création, alors qu’en Europe, on est imprégné de références : pour les workshops, je suis obligée de mettre en place une méthodologie précise pour casser les codes.

Vous avez travaillé cinq ans auprès de Philippe Starck. Que retenez-vous de cette période ?
Cela a été une opportunité fabuleuse : Philippe Starck venait d’être nommé directeur artistique de Thomson Multimédia. A l’époque, c’était incroyable qu’une grande entreprise d’électronique fasse appel à une équipe de designers pour lui demander une refonte générale de son image. Cela a été pour moi une période très active, passionnante, une formation en accéléré. J’ai pu voir le fonctionnement d’une entreprise de l’intérieur, le travail d’une équipe de 25 personnes. Et puis, au bout d’une année, je suis devenue la responsable de l’équipe.

Quels sont les formes et les matériaux qui vous caractérisent le plus ?
J’utilise toutes sortes de matériaux, leur choix dépend du projet que je développe : plutôt léger, plutôt perméable, etc. J’aime bien le plastique car je pense que c’est une matière en devenir, à la différence du bois par exemple. En ce qui concerne la forme, c’est compliqué car mon travail ne part pas de l’esthétique, mais de ce que procure l’objet. Par exemple, j’ai créé une “colonne d’hospitalité” qui se déplie et devient un lit. Avec le lit, il y a une petite lampe et un réveil pour que celui qui y dorme puisse être autonome et gérer son rythme. La forme est la conséquence et non le moteur de mon travail.

Quelles sont vos sources d’inspiration ?
Je dis souvent que j’ai des champs dans la tête que je cultive au quotidien. Je regarde les œuvres d’art, je regarde les gens vivre, je voyage beaucoup… Mon inspiration vient de mes petits constats de la vie.

Quelle est la création dont vous êtes la plus fière ? L’architecture de l’Hi Hôtel à Nice qui rassemble pas mal de choses que j’ai expérimentées dans le mobilier et l’organisation de l’espace. Il s’agit de donner à voir, mais aussi de donner à vivre du contemporain. L’hôtel propose 9 chambres de types différents, car dans le contemporain il y a plein de possibilités. En fait, les gens vivent une expérience individuelle dans la chambre qu’ils vont partager ensuite dans les lieux collectifs de l’hôtel comme le bar.

Quels sont les designers que vous admirez ?
J’aime bien le travail de l’italien Denis Santa Chiara qui intègre les nouvelles technologies en mettant en avant leur potentiel poétique. Et puis il y a une idée ludique dans ses objets qui disent comment expérimenter le monde autour de soi. J’ai travaillé huit mois chez lui car je sentais que nous avions le même feeling. Il m’a donné confiance en moi. Dans ce métier, il faut croire en ce que l’on veut apporter, savoir proposer des choses engagées.

Quels conseils donneriez-vous à une jeune fille qui voudrait se lancer dans le design ?
Il faut avoir conscience du travail et de l’implication que cela demande. C’est peut-être le plus beau métier du monde, mais ce n’est pas facile. Il y a de plus en plus de formations et de moins en moins d’opportunités. D’un autre côté, il y a plein d’extensions qui sont sous-exploitées, dans la musique par exemple.




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